86 - Choix
Cypris jette les feux de l'amour féminin,
Éros, lui, pourvoit au désir masculin.
Qui dois-je préférer ? La mère ou bien l'enfant ?
Cypris me dit : «Pour toi, Éros est triomphant.»
157 - La mer des garçons
Sur le vaisseau c'est Cypris qui gouverne :
Éros tient la barre d'une main ferme.
Son gouvernail n'est autre que mon âme.
Le Désir souffle et puis, voici l'orage ;
Moi, dans les flots garçonniers, je surnage.
33 - Jeunesse est passée
!
Héraclite était beau... quand il avait
encor
La beauté des garçons. Or jeunesse n'est plus.
Désormais, voyez donc cette chair trop velue,
Hostile à qui veut l'enfourcher.
Ne sois pas violent devant la vérité,
Ô Polyxinidos, car la Fatalité
Jusqu'en son cul arrive à se nicher.
63 - Deux garçons fatals
Héraclite, muet, lâche un cri percutant
Mais avec son regard : «Oui, le céleste éclair,
Je peux le consumer.» De son torse éclatant
Diodore me dit : «Je fais fondre la pierre
Avec ma peau brûlante.» Ah ! je suis
désespéré
De voir au même instant un homme qui subit
Les yeux remplis de feu d'un bel adolescent,
Et un mioche brûlant d'un besoin si ardent.
94 - Attention !
Diodore et son torse, Héraclite et ses yeux,
Dion et sa voix d'or, Ouliadès et son dos.
De l'un, ami, tu peux goûter la belle peau ;
De l'autre savourer le regard plein de feu ;
Quant au dernier garçon, fais-en ce que tu veux...
Je ne suis pas jaloux ! Attention cependant !
Puisses-tu ignorer à jamais la beauté
Si sur mon Myiscos ton œil est insistant.
95 - Un amant bien
entouré
Si tu es, Philoclès,
Le chéri des Désirs,
Et, si tu es ensuite
Sous le charmant empire
Des suaves Charites,
Puisses-tu dans tes bras
Serrer Diodoros,
Contempler le visage
Du fin Dorothéos,
Avoir sur tes genoux
Le joli Callistrate,
Laisser faire la main
Du merveilleux Dion
Qui touche à ton engin,
- Un arc qui vise bien -
Puis, entendre Théron,
En goûtant au baiser
Que te donne Philon.
Si Zeus te fait le don
De tous ces mets exquis,
Quel plat de beaux garçons
Va t'ouvrir l'appétit !
122 - Un garçon
foudroyant
Ô Charites aimées, depuis qu'entre vos
mains
Vous avez serré le bel Aristogoras,
Sa parole est exquise et son corps plein de grâce.
Et son œil est chantant quand il ne parle pas.
Vient-il à s'éloigner, tel le plus grand des dieux
Du plus haut de l'Olympe, il sait bien depuis peu
Utiliser la foudre et m'envoyer ses feux.
125 - Un Songe
Le rêve d'une nuit :
Riant, un bel adolescent
S'était couché bien tendrement
Au beau milieu du lit.
Il n'avait pas vingt ans.
Hélas ! Ce rêve s'est enfui.
Mais j'en suis toujours amoureux !
Et je brûle de mille feux
Quand, la nuit, je fixe mes yeux
Sur ce rêve impossible.
Ah ! ma pauvre âme, assez d'illusions,
Ne cherche plus ta cible
Et bannis ces vaines sensations.
127 - Les nuits brûlantes
Je me promenais à midi
Quand survint le bel Alexis.
L'été vibrait dans ses cheveux
Et par deux fois, je m'embrasais !
Ce fut d'abord les feux d'Hélios,
Ensuite, Éros jeta ses traits...
Or, si la nuit calma les uns,
Les autres, jusqu'au clair matin,
Ne cessèrent de s'enflammer.
Aussi pour moi, point de repos,
Car mon sommeil est animé
Par l'obsession d'un flambeau
À l'image de la beauté.
130 - La soif inassouvie
J'étais fort assoiffé en plein cœur de
l'été ;
Soudain, j'ai embrassé la bouche d'un garçon :
Il était, je l'avoue, d'une grande beauté.
Enfin désaltéré d'une belle façon,
Je lançai à Zeus - «Le baiser de Ganymède,
Serait-ce par hasard la liqueur du nectar ?
Car, vois-tu, ô Zeus, quand à mon baiser il cède,
C'est le doux miel de son âme que je crois boire.»