Accueil
|
Retour
à la liste "18è siècle"
Retour
à la liste "19è siècle"
Louis Jean
Népomucène Lemercier eut pour marraine la Princesse de
Lamballe, dont son père était secrétaire, et fut
un protégé de Marie-Antoinette qui lui commanda, alors
qu'il n'était âgé que de 17 ans, la création
d'une pièce sur Méléagre.
Un accident survenu dans l'enfance lui a paralysé la
moitié du corps durant le restant de ses jours. Ce drame
associée à un esprit fort cultivé et intellignent
aurait fait son charme : "c'est tout cela qui m'explique les
grandes passions qu'il a inspirées et ressenties, car les femmes
ont des yeux pour comprendre et adorer ces prodiges. "
(Jean-François Ducis - Discours à l'Académie)
Partisan de la Révolution mais ennemi de ses excès, il
les dénonça en 1795 dans Le Tartufe révolutionnaire,
rempli d'allusions politiques audacieuses et qui fut supprimé
après la cinquième représentation. Après
deux pièces qui furent des échecs, en 1797 son Agamemnon remporte un grand
succès et lui apporte la célébrité. On se
disputa dès lors Népomucène Lemercier dans les
salons où il était tenu, selon Talleyrand, pour "l'homme
de France qui cause le mieux".
C'est à cette époque qu'il accepta, par défi, de
traduire en vers les œuvres licencieuses du Cabinet de Naples*, qu'il
nomma Les Quatre Métamorphoses
(1799) .
Ami de Bonaparte dès leur jeunesse, c'est Lemercier qui
décida Joséphine à épouser Napoléon.
Après le 18 Brumaire, Lemercier fut l'hôte régulier
de Bonaparte, mais sa franchise commença à indisposer le
Premier Consul. Dès lors, il fut en butte à la censure
impériale, évita tout contact autre que purement
protocolaire avec Napoléon, ne paraissant aux Tuileries qu'aux
réceptions solennelles de l'Académie française,
où il fut élu en 1810.
A la chute de l'Empire, il publia son œuvre la plus connue, La Panhypocrisiade ou la comédie
infernale du XVIe siècle (1819), ouvrage étrange :
"sorte de chimère littéraire, une espèce de
monstre à trois têtes, qui chante, qui rit et qui aboie."
selon Victor Hugo qui lui succéda
à l'Académie.
Les quatres
métamorphoses sont celles, sous l'effet de la passion amoureuse,
de Diane en
chèvre, de Jupiter en aigle, de Vulcain en tigre et de Bacchus
en vigne.
"Les Quatre Métamorphoses sont une œuvre très habile et
profondément païenne. Dans une conversation (...), on vint
un jour à parler de ces admirables camées, de ces
bas-reliefs romains, de ces petits groupes grecs, que
désavouerait la noble chasteté de l'art moderne, mais
où le génie antique, par ses formes pures et
achevées, a su trop souvent consacrer des rêves
effrénés sous l'apparence de la volupté la plus
suave. Le cabinet secret de Naples* était
déjà
créé. Un interlocuteur affirma que la poésie
serait rebutante si elle reproduisait de semblables images, et qu'il
était impossible d'arriver, en termes convenables et sans
être grossier, à un résultat pareil. M. Lemercier
releva le défi.
Osons le dire
pourtant, bien qu'avec regret : au point de vue de la langue et du
style, les Quatre Métamorphoses sont sans nul doute la meilleure
œuvre de M. Lemercier. (...) une année laborieuse fut
consacrée à ce court opuscule, à cette
secrète fantaisie d'artiste. "
Charles Labitte (!) in Revue des Deux Mondes (Tome 21,
1840)
* Le
cabinet secret est depuis 1817 la collection érotique du
Musée Archéologique de Naples (objets et fresques
provenant en grande partie de Pompéi
et Hérculanum)
Erigone - Louis Antoine Léon
Riesener (1808-1878)
Paris, musée du Louvre
Crédit photographique : © Hervé Lewandowski
|