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ODE - Le Dernier Cantique

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Le Dernier Cantique

 
Créées pour vivre plus de cent ans
Les premières amours folles
Ne respirant que si l'autre est là
Promesse d'une vie Une à deux
Exaltation de la passion qui anime les amants

Tu es resté tant d'années auprès d'elle
Sous les ciels clairs et les longs jours d'hiver
Étais-tu le premier, étais-tu le dernier ?
À l'appel de ses grands yeux fauves
Tu as répondu, seul malgré elle
Deux avec elle, elle était ton chemin
Tu étais le sien, elle suivait la trace de ton ombre

Tu t'es éloigné de son corps dans les jours grandissants
Elle est retournée au Fleuve, son Amour, son Amant
Dans le ventre de l'avant naissance retrouver l'originel
Oubliant ta peau devenue floue, puis irréelle
Dans les jours et les nuits solitaires
Regardant les eaux couler vers l'est
Vers l'océane promesse

Mais ta vérité était entre ses mains
Tu ignorais qu'elle était ta vie
Tu ne savais pas que ta mort
Serait sa blessure infinie
Tu ne savais pas que les sables de la mer
Te parleraient encore d'elle
Toi, les lèvres desséchées
Au sel amer, désertées

Elle a préféré les sables des berges
Les nuits lunaires, les vents forts
Les pays imaginaires, aussi ceux des corps
Appelant l'Amour à en crever
Pour vivre et fuir la mort

Elle parlait seule au vent, aux oiseaux
Au Grand Héron blessé
Qui est venu souvent la visiter
Mythique visiteur, amour de nuit
Sombre comme ton ombre qu'elle cherche encor

La route fut belle mais dure
Jamais elle ne t'a trouvé dans ses ailleurs
Tout était différent,  d'autres ombres
Ses souvenirs se confondaient
Au jugement des heures

Ta chair, devenue terre d'absence
Tu rêvais de ses cheveux de feu
Au chemin de ses veines
Au rythme de son sang, à la douceur de ses reins
À ses lèvres chaudes et accueillantes, à la vire de ses seins
Où jadis, tu t'attardais

Elle, à l'aube arrivée, n'avait pas connu le sommeil
Elle avait même vu se renverser les étoiles
Et la lune s'était fêlée
Mauvais présage
Et le verdict est tombé
La maladie, la mort frappent aveuglément

Symbole de tes mères
Elle contient à elle seule le berceau de tes ancêtres
Elle est la gardienne de tout ce que tu croyais perdu dans le temps
Vers elle tu es retourné
Qu'elle te tienne et l'âme et la main
Jusqu'à plus soif, jusqu'à la fin

Elle t'a ouvert son coeur
Elle t'a ouvert sa porte
Elle t'attendait, elle savait
Et tel l'enfant en son sein
De toi, elle prendra grand soin
Jusqu'à l'ultime souffle

Et la marée haute de la lune blanche d'août
A emporté avec elle les cendres et les restes de bois brûlés
Du dernier feu de grève
Du dernier feu de joie
Seuls avec le silence et la tristesse


Tous les deux, sur des sables émouvants


septembre 2006 © Ode

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