POESIE EROTIQUE
et autres amusements
Pierre Corneille De Blessebois - La Comtesse De Cocagne
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Portrait de la Comtesse De Cocagne

- vers irréguliers -


Elle avait la taille assez belle,
Si, plus chiche de son devant,
On ne la gâtait pas comme on fait souvent :
L’Amour est, nuit et jour, auprès ou dessus elle.
 
Si j’en veux croire les railleurs,
Elle a fort peu de cheveux à la tête ;
Les sujets qu’on en dit ne sont pas des meilleurs !
Ce n’est pas bien l’endroit par où j’ai vu la bête ;
Mais elle en a beaucoup ailleurs,
Car elle est souvent arrosée
De la plus douce des liqueurs,
Et ma plume est coupable autant qu’elle est osée.
Son front, où sont assis la mollesse et l’ardeur,
A quelque chose d’admirable :
C’est qu’on y voit jamais paraître la pudeur
Ni la sagesse désirable.
 
Elle a les yeux d’une truie,
Ce sont les plus petits d’ici,
Elle doit les avoir ainsi,
Puisqu’elle mène pareille vie.
 
Son nez passerait au besoin,
S’il pouvait sentir de plus loin
Ce qui regarde sa conduite ;
Quand on le voit, on ne prend pas la fuite,
Mais on le prend à témoin
Du malheureux état où son âme est réduite.
 
Elle a des couleurs sur les joues
Qui représentent le printemps ;
Ce sont les dangereuses roues
De tous les criminels du temps.
 
Je méprise son sein, je le trouve mal fait ;
Il ne consiste plus, son enflure est mollette,
Il distille la gouttelette,
C’est un bien de ménage où l’on puise à souhait ;
C’est pourquoi le marquis du Grand-Pérou la traite
Comme on traite une vache à lait.
 
Son bras est aussi blanc que rond,
C’est une espèce de merveille,
Et le cœur ne va que par bond
Quand l’œil en voit la beauté nonpareille.
La comtesse n’ignore pas
La richesse de cet appas,
Elle ne doute point qu’il ne soit sans reproche ;
La friande voudrait que tout ce qui l’approche
Fût de même que son bras.
 
Sa main n’est pas moins bien formée ;
On croit, en la touchant, manier du satin ;
Aussi l’objet le plus mutin
Voit passer sa fureur ainsi qu’une fumée,
Quand la comtesse à main armée
Combat le soir ou le matin
Et quand la mèche est allumée.
 
Si mon âme avait la blancheur
De son aimable corps d’ivoire,
Ce serait un ange de gloire,
Au lieu que le démon n’est pas si grand pécheur.
 
Pour ses pieds, ce sont deux créoles
Robustes à la vérité,
Mais toujours pleins de saletés,
Et dans ma libéralité
Je n’en donnerais pas seulement deux oboles.
 
A tout ceci doit être joint
Qu’elle a pour le plaisir une fort bonne couche.
Si je ne dis rien de sa bouche,
Lecteur, c’est qu’elle n’en a point.




Poème liminaire de Le Zombi du grand Pérou, ou La comtesse de Cocagne (1697)

Cité p. 221 à 223



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