Ma mère avait raison, je l'vois,
Not' bonheur est au bout des doigts.
Défunt' Maman m'disait sans cesse :
Au bout d'tes doigts est la richesse.
Fill' qui travaille avec honneur
S'fait soit-même son p'tit bonheur.
Quel plaisir je r'sens à l'ouvrage !
Ah ! Je suis toute en nage.
Ma mère avait raison, je l'vois,
Not' bonheur est au bout des doigts.
L'cœur à l'ouvrage au mois de décembre,
Sans feu j'm'enferme dans ma chambre.
Quand il gèle à claquer les dents,
J'réchauffe mes doigt sans souffler d'dans.
Quel plaisir je r'sens à l'ouvrage !
Ah ! Je suis toute en nage.
Ma mère avait raison, je l'vois,
Not' bonheur est au bout des doigts.
D'beaux messieurs proposent de m'faire
Des enfants qui mourraient de misère ;
Chers enfants, par l'travail que v'là,
Je vous épargne ce chagrin là !
Quel plaisir je r'sens à l'ouvrage !
Ah ! Je suis toute en nage.
Ma mère avait raison, je l'vois,
Not' bonheur est au bout des doigts.
Pour m'amuser, d'abord j'm'occupe
D' not' boulanger s'avec sa jupe ;
En jupe j'me représent' toujours
C'garçon d'esprit v'lu comme un ours.
Quel plaisir je r'sens à l'ouvrage !
Ah ! Je suis toute en nage.
Ma mère avait raison, je l'vois,
Not' bonheur est au bout des doigts.
Je m'rappelle l'grand Léandre,
Qui devant ma f'nêtre, d'un air tendre,
S'déboutonna comme un impur,
Sans s'tourner du côté du mur.
Quel plaisir je r'sens à l'ouvrage !
Ah ! Je suis toute en nage.
Ma mère avait raison, je l'vois,
Not' bonheur est au bout des doigts.
L'ouvrière qui craint la satire
Doit s'chatouiller pour se fair' rire ;
En travaillant ça rend l'coeur gai,
Et l'poignet seul est fatigué.
Quel plaisir j'ressens à l'ouvrage !
Ah ! Je suis toute en nage.
Ma mère avait raison, je l'vois,
Not' bonheur est au bout d'nos doigts.