"Les beaux jeunes gens
s'assoupirent.
Des apparitions promenèrent alors leurs formes
et leurs couleurs dans les coquilles sombres des paupières
qui s'étaient abaissées.
C'étaient les rêves centuples de leur
puberté.
Une femme passait d'abord, avec des yeux ovales et
noirs, des cheveux traînants, des hanches creuses, des
seins durs et pointus. Elle savait danser à la mode
étrangère, la tête renversée et le
ventre tendu comme une peau de tambourin.
Et, dès que cette ombre blanche s'était
évanouie, une autre venait, plus blanche encore, ignorante
de tout art, avec des gestes humbles, des épaules rondes,
des cuisses fraîches et resplendissantes comme le lotus, la
bouche pleine de ris et le regard promptement noyé de
larmes.
Puis un paysage s'ébauchait, autour de sources
claires, jonchées de pétales roses. Des arbres
inconnus déployaient sous l'azur leurs feuillages
effilés qui, merveilleusement, brunissaient,
blondissaient, roussissaient comme des chevelures. A
l'extrémité de chaque rameau, un visage
délicieux commençait à fleurir, des seins
bourgeonnaient ; et, lorsque le vaste fruit féminin avait
achevé de mûrir, les branches trop chargées en
versaient le poids odorant sur le sol.
Et les trois amis, dans leur sommeil, tendaient
fiévreusement les bras pour faire la récolte de ce
verger idéal et déjà disparu."