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Paul Saunière - Les Bordels de Paris
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Les Bordels de Paris


Dans les boxons, dont ce Paris foisonne,
Où souvent mon vit s'égara,
Quelle est la fille ou candide ou luronne,
Que chacun rêva ?

Chez la Farcy, dans mes jours de luxure,
J'ai piné, sous leur falbala,
Bébé, Camille à la riche encolure,
Que Vénus dressa.

Chez la Constant, Berthe, aux merveilleux charmes,
Beau travail et fermes appas,
De mon Cyclope a fait couler les larmes
Bien souvent, hélas !...

Chez la Guérin, c'est toute une autre fête :
Lupanar cher aux magistrats,
Le miché* bande à force d'omelette,
De coups d'échalas.

Chez la Monancourt, temple de la gougnotte,
Dont la reine a pour nom : Clara,
Ivre de vin, d'amour et... sans capote,
J'ai foutu Bianca.

Chez la Rivier, des puces en campagne,
J'ai guidé l'amoureux combat,
Où, des putains, ainsi que le champagne,
Le foutre coula.

Un peu plus loin, il est un monastère
Que jadis gouvernait Bertha,
Où j'ai souvent passé la nuit entière
A sucer Léda.

La mère Antoine est encore une étape
Où parfois mon clou se planta ;
Là se masturbe, à défaut de priape,
Rachel ou Cora.

Chez Alexandre, abbesse maternelle
Des bibis, j'ai vu les hélas !
Quand les michés, en accès de flanelle,
Ne les baisaient pas.

Reine du lieu, garce à la franche allure,
Et des bouche-l'oeil** plein ses bas
Et puis, surtout, plus cochonne que dure,
C'est Antonia.

Michés honteux qui n'avez pas de braise
Accourez ! le plaisir est là !
A deux francs l'heure, on y suce, on y baise,
A la Patt' de Chat !

Si les bordels j'égrenais la série,
A force de descendre bas,
Ma muse, hélas ! pauvre garce avachie,
Ne tarirait pas.


(1875)


* riche client, souteneur
** pièce de monnaie, pourboire



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