Lunes
I
Je veux, pour te tuer, ô temps qui me dévastes,
Remonter jusqu’aux jours bleuis des amours chastes
Et bercer ma luxure et ma honte au bruit doux
De baisers sur Sa main et non plus dans Leurs cous.
Le Tibère effrayant que je suis à cette heure,
Quoi que j’en aie, et que je rie ou que je pleure,
Qu’il dorme ! pour rêver, loin d’un cruel bonheur,
Aux tendrons pâlots dont on ménageait l’honneur
Ès-fêtes, dans, après le bal sur la pelouse,
Le clair de lune quand le clocher sonnait douze.
VI
Lombes
Deux femmes des mieux m’ont apparu cette nuit.
Mon rêve était au bal, je vous demande un peu !
L’une d’entre elles maigre assez, blonde, un œil bleu,
Un noir et ce regard mécréant qui poursuit.
L’autre, brune au regard sournois qui flatte et nuit,
Seins joyeux d’être vus, dignes d’un demi-dieu !
Et toutes deux avaient, pour rappeler le jeu
De la main chaude, sous la traîne qui bruit,
Des bas de dos très beaux et d’une gaîté folle
Auxquels il ne manquait vraiment que la parole,
Royale arrière-garde aux combats du plaisir.
Et ces Dames — scrutez l’armorial de France —
S’efforçaient d’entamer l’orgueil de mon désir,
Et n’en revenaient pas de mon indifférence.