Contre un courtisan
Craintif comme un cerf qu'on chasse,
Et de plus mauvaise frâce
Que n'est quelque gros cafard,
Je suis ce brave gendarme
Qui ne fus oncques
(1)
sans arme,
Et ne vis jamais combat.
Je suis ce brave Ganymède
(2)
Qui puis blesser sans remède
Des âmes un million ;
Rois des villes abîmées,
(3)
J'ai les fesses couronnées
Des fleurs de Satyrion.
(4)
Au lit, ainsi qu'à la guerre,
D'une pique l'on m'enferre,
Pourtant, j'ai cela de bon,
Qu'en l'un ni en l'autre usage,
Jamais ne tourne visage
Vers l'ennemi, ce dit-on.
Quelquefois, comme un saint Georges
(5)
Armé jusques à la gorge,
Ou bien comme un Jaquemart,
(6)
En masque je me présente ;
Mais cet habit m'épouvante,
Si, ne suis-je pas couard.
Bien souvent j'ai ouï dire
Que la calamite
(7)
attire
Le fer. Je m'en suis servi,
Mais par un effet étrange,
Sur moi sa vertu se change,
Sans pouvoir être guéri.
Fi d'honneur ! fi de la guerre !
Bacchus couronné d'un verre,
Vénus tournée à l'envers,
Sont les dieux que je veux suivre !
Dessous leurs lois je veux vivre,
Les honorant dans mes vers.
(1) jamais
(2) amant de Jupiter
(3)
référence à Sodome et Gomorrhe
(4)
variété d'orchidée, sa racine en forme de
testicule serait aphrodisiaque
(5) patron des chevaliers
(6) Automate, muni d'un
marteau, qui frappe les heures sur la cloche d'une horloge
(7) aiguille
aimanté de la boussole
in Parnasse des poètes
satyriques (1622, Rééd. Passage du Nord-Ouest,
2002 - p.65)