Le grand et
périlleux combat de quatre courtisans
"Ceci advint
à Paris aux environ du carême de l'année 1606. La
demoiselle était Mlle de Bié ; les combattants Balagny et
Saint-Phale, secondés du Comte De Lozan et un autre."
(Note de Pierre de l'Estoile)
Le champ était ouvert où quatre combattants,
Vrais Mars en taille douce et foudres en peinture,
Par un sujet d'amour ensemble contestant,
Dans les armes semblaient chercher leur sépulture
Tout espoir était hors. En une île enfermés,
Théâtre glorieux de leur sanglante guerre,
A leurs ardents combats ils étaient animés,
Pour arbitres n'ayant que le ciel et la terre.
Vénus les aperçut en regardant des cieux.
Dans l'air elle se lance et coulant par la nue,
Pour ne laisser périr ces Rolands furieux,
Séparer leur querelle est promptement venue.
Enfants, leur dit la belle, aussi hardis que beaux,
Déposez vos poignards et vos fureurs dépites !
Vous ne naquîtes point pour peupler les tmbeaux,
Conservez-vous un peu, gentils hermaphrodites !
Celle pour qui je vois ces armes en vos mains
N'eut à son ascendant mon astre si contraire,
Que d'être née au monde à la mort des humains.
Faites-le lui plutôt que vous entre-défaire !
Si par le seul duel vous êtes apaisés,
Changez-en la nature et le lieu tout ensemble !
Qu'il soit fait sur un lit où les coups sont aisés,
Et demeure vainqueur celui qui ne le semble.
Mais soit juge des coups le généreux Saint Phale
Entre tous bienheureux, s'il savait comprendre,
De voir que sa maîtresse est comme Bucéphale
*
Qui ne laissait monter que son maître Alexandre.
Ainsi parla Vénus, les débats terminant
De cette jeune troupe aux armes si connues.
Puis soudain disparut, dans le ciel retournant
Par le même chemin qu'elle en était venue.