POESIE EROTIQUE
et autres amusements
Pierre De Ronsard - Sonnet LIII
ccueil
Retour à la liste "16è siècle"

Amour, je ne me plains de l'orgueil endurci,
Ni de la cruauté de ma jeune Lucrèce,
Ni comme, sans recours, languir elle me laisse :
Je me plains de sa main et de son godmicy.

C'est un gros instrument par le bout étréci,
Dont chaste elle corrompt toute nuit sa jeunesse :
Voilà contre l'Amour sa prudente finesse,
Voilà comme elle trompe un amoureux souci.

Aussi, pour récompense, une haleine puante,
Une glaire épaissie entre ses draps gluante,
Un oeil hâve et battu, un teint pâle et défait,

Montrent qu'un faux plaisir toute nuit la possède.
Il vaut mieux être Phryne (1) et Laïs (2) tout à fait,
Que se feindre Portie (3) avec un tel remède.



in Les Amours diverses 1578



(1) célèbre prostituée grecque, son surnom vient du terme Phryné « Crapaud » à cause de son teint jaunâtre, elle fut modèle pour des peintres et sculpteurs
(2) courtisane et célèbre maîtresse d'Alcibiade - dans la mythologie grecque la nymphe Laïs est la proie des désirs de Priape
(3) majordome, domestique chargé de l'accueil aux portes

Remarque : selon H. Longnon (in Les déboires de Ronsard à la Cour, Ed. bibliothèque d'humanisme et Renaissance -1950) ce sonnet se fait l'écho de la perquisition du 2 juin 1574 opérée au Louvre qui permit de découvrir des godemichés appartenant à Hélène de Surgères.



Contact
Mes poèmes coquins
Auteurs contemporains
Auteurs anciens
Amateurs éclairés
Anonymes
Chansons érotiques
Citations & Bibliographie
Tantra
Liens

Copyright © Cyr