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Queneau est, selon
lui-même, "ce type à la fois poète et prosateur et
tout un bonhomme à tout faire".
Né au Havre, il commence à
écrire dès le lycée et, venu à Paris pour
passer sa licence de philosophie, il montre un vif
intérêt pour l'histoire des religions, les sciences,
le communisme et la psychanalyse. Dès 1924, il fréquente
les surréalistes dont Breton, Prévert... Il est successivement
employé de banque, professeur de français,
journaliste et traducteur. En 1928 Il épouse Janine Kahn,
belle-sœur de Breton. A partir de 1933 il commence à publier
romans, essais et poèmes. En 1938, il entre comme lecteur
aux éditions Gallimard. Il est élu membre de
l'Académie Goncourt en 1951. Zazie
dans le métro (1959), l'un de ses romans les plus
connus, a été porté à l'écran par
Louis Malle. Lui-même signera plusieurs scénario
pour le cinéma.
Curieux de tout, il a une ambition
encyclopédique : la liste des livres qu'il a lus et
souvent relus, établie par lui même, comporte environ 10
000 titres ! et une volonté d'effectuer une recherche
permanente sur le langage. Il prend ainsi en 1956 la direction de
l'Encyclopédie de la Pléiade et, en 1960, fonde avec des
amis l'OuLiPo (Ouvroir de la
Littérature Potentielle), laboratoire littéraire
préconisant l'utilisation de structures mathématiques
dans la création. Parmi les exemples les plus
célèbres, on peut citer la Disparition de Georges Perec,
dans lequel ne figure pas une seule fois la lettre E.
L'oeuvre de
Queneau s'intéresse souvent à l'érotisme et
particulièrement au corps, tant dans sa beauté
plastique que dans ses faiblesses organiques et aussi bien le
corps des autres, en particulier des femmes, que son propre corps. "La
chair chaude des mots me passionne" (Le
chien à la mandoline)
Ses poésies érotiques ont
été rassemblées en 1984 par son
ami et membre fondateur de l'OuLiPo, Noël Arnaud, sous le
titre Poèmes déguelasses dans la
revue surréaliste Dragée
haute.
Petite histoire des Poèmes
déguelasses
"Abricot de ton con et pêche de ton cul
cerise de ta lèvre et poires de tes seins"
(Les infortunes de la vertu)
Un grand merci
à Marie-Noëlle
Campana pour m'avoir fourni des extraits, en partie
reproduits ci-dessous, de sa thèse de Doctorat en
Littérature française "L'écriture de l'érotisme
dans l'oeuvre de Raymond Queneau" (Univ. Paris III -
2000), thèse qui sera prochainement publiée aux Ed. PULIM.
"Cinq poèmes Dédé,
Promenade, Les infortunes de la vertu, Narcisse, Onan ont
pour thème explicite la sexualité. Si ces textes
n'apparaissent plus dans aucun recueil, Queneau les a
volontairement publiés à l'époque de leur
rédaction : Dédé
parait en 1930, et si Promenade, Les
infortunes de la vertu, Narcisse, Onan appartiennent
à la première édition des Ziaux en 1943, ils disparaissent de
la réédition de 1948.
(...) en 1958, Patrick Waldberg suggère de publier les
poèmes érotiques de Queneau dans la revue qu'il
vient de fonder et où Bataille
participe activement. La réponse de Bataille ne se fait
pas attendre : "Pour Queneau, j'ai seulement un peu
d'hésitation, en raison du caractère un peu raide des
poèmes, mais en principe pourquoi pas ?" (...) les
réticences de Bataille prêtent tout de même
à sourire lorsqu'on lit ses propres écrits… Et, en
1958, la revue ne publie pas les poèmes de Queneau.
Les poèmes écartés des Ziaux ont été
à nouveau rassemblés en 1984 sous le titre
Poèmes
dégueulasses, dans la revue hors commerce Dragée Haute, encore
actuellement dirigée par Noël Arnaud. Mais ce tirage
confidentiel de quinze exemplaires fut envoyé
exclusivement aux membres de l'Oulipo "pour leur dossier de
travail."
©
Marie-Noëlle Campana
N.B. : on peut néanmoins trouver ces poèmes dans le tome
I
(dirigé par C.Debon) de l'édition Pléiade
consacré à la poésie de Queneau.
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