Nul me semble egaler mieux
Les hauts Dieux,
Que celuy qui face à face
T'oit parler, & voit la grace
De ton sou-ris gracieux.
Ce qui va jusqu'au dedans
De mes sens,
Piller l'esprit qui s'esgare :
Car voyant ta beauté rare,
La voix faillir je me sens.
Ma langue morne devient,
Et me vient
Un petit feu, qui furette
Dessous ma peau tendrelette,
Tant ta beauté me retient !
Rien plus de l'œil je ne voy
Près de toy,
Toujours l'oreille me corne :
Une sueur froide & morne
Soudain coule dedans moy.
Je suis en chasse à l'horreur,
A la peur,
Je suis plus palle & blesmie
Que n'est la teste flestrie
De l'herbe par la chaleur.
Ia peu s'en faut que la mort
Sur le bort
De sa barque ne m'envoye,
Et soudain que l'on me voye
Souffler l'esprit demy mort.