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à la liste "20è siècle"
René
Émile Char est le cadet de quatre enfants nés des
secondes noces d'Émile Char et de Marie-Thérèse
Rouget. Son père meurt en 1918. Bâti comme un colosse
(1,92 m) et impulsif, il joue passionnément au rugby.
Pensionnaire du lycée d’Avignon, puis en 1925
étudiant à Marseille, il lit beaucoup de poésie :
Villon, les romantiques allemands, Vigny, Nerval, Baudelaire...
En 1928 est publié son premier recueil, Cloches sur le cœur,
rassemblant des poèmes écrits depuis 1922 et dont il
détruira la plus grande partie des exemplaires. En 1929 il fonde
la revue Méridiens et envoie son recueil Arsenal, publié à Nîmes, à Éluard. A Paris, il rencontre Aragon, Breton… et adhère au groupe surréaliste. En 1930 il publie aux Éditions surréalistes Ralentir travaux,
poèmes écrits en collaboration par Breton et
Éluard. Avec ses nouveaux amis il crée aussi la revue Le Surréalisme au service de la révolution, rencontre Dali (1931) et épouse Georgette Goldstein (1932) qu'il a rencontrée peu de temps auparavant.
Pendant l’Occupation, il participe, les armes à la main,
à la Résistance et c’est sous le nom de Capitaine
Alexandre qu’il commande le Service action parachutage dans les
Basses-Alpes. Les Feuillets d’Hypnos, repris dans Fureur et mystère,
témoignent de cette période et de sa conception de la
Résistance : refus de publier durant l'Occupation,
dénonciation du nazisme et de la collaboration française,
interrogations aigües et douloureuses sur son action et ses
missions, prise de distance sitôt la guerre terminée.
L'après-guerre laissera Char profondément pessimiste
quant à la situation politique française et
internationale jusqu'à la fin de sa vie. Ses vues très
lucides sont proches de celles d'Albert Camus dans L'Homme révolté, avec qui il entretiendra une indéfectible amitié.
En dépit de brèves et malheureuses expériences
dans le domaine théâtral et cinématographique, Char
atteint sa pleine maturité poétique. Les plaquettes se
succèdent : Les Matinaux, La Bibliothèque est en Feu, Lettera amorosa, La Parole en Archipel, Le Nu perdu... jusqu'à la consécration quand en 1983 ses Œuvres complètes sont éditées dans la prestigieuse Bibliothèque de la Pléiade.
Sa poésie se veut révélation de la poésie et
trouve son expression privilégiée dans l'aphorisme, le
fragment et le poème en prose, ce que Char nomme sa «
parole en archipel ».
Camus dira : « Je tiens René Char pour notre plus grand
poète vivant et Fureur et mystère pour ce que la
poésie française nous a donné de plus surprenant
depuis Les Illuminations et Alcools [...] Il est sans doute
passé par le surréalisme, mais il s'y est
prêté plutôt que donné, le temps d'apercevoir
que son pas était mieux assuré quand il marchait seul
[...] pour faire lever sur notre poésie un vent libre et vierge
[...] Poète de la révolte et de la liberté, il n'a
jamais accepté la complaisance, ni confondu, selon son
expression, la révolte avec l'humeur. »
L'amoureuse en secret
Elle
a mis le couvert et mené à la perfection ce à quoi
son amour assis en face d'elle parlera bas tout à l'heure, en la
dévisageant. Cette nourriture semblable à l'anche d'un
hautbois.
Sous la table, ses chevilles nues caressent à présent la
chaleur du bien-aimé, tandis que des voix qu'elle n'entend pas,
la complimentent. Le rayon de la lampe emmêle, tisse sa
distraction sensuelle.
Un lit, très loin, sait-elle, patiente et tremble dans l'exil
des draps odorants, comme un lac de montagne qui ne sera jamais
abandonné.
in revue Empédocle (n°5, novembre 1949)
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