La liberté ou l'amour - Les
profondeurs de la nuit
(1927 - Extraits)
"Que de fois, par temps d'orage ou clair de lune, me relevais-je pour
les contempler à la lueur d'un feu de bois, à celle d'une
allumette ou à celle d'un ver luisant, ces souvenirs de femmes
venues jusqu'à mon lit, toutes nues hormis les bas et les
souliers à haut talons conservés en égard à
mon désir, et plus insolites qu'une ombrelle retrouvée en
plein milieu du Pacifique par un paquebot. Talons merveilleux contre
lesquels j'égratingnais mes pieds, talons ! sur quelle route
sommes-nous et vous reverrai-je jamais ?
Ma porte, alors était grande ouverte sur le mystère mais,
celui-ci est entré en la fermant derrière lui et
désormais j'écoute, sans mot dire, un piétinement
immense, celui d'une foule de femmes nues assiégeant le trou de
ma serrure. La multitude de leurs talons Louis XV fait un bruit
comparable au feu de bois dans l'âtre, aux champs de blés
mûrs, aux horloges dans les chambres désertes la nuit,
à une respiration étrangère à
côté du visage sur le même oreiller."
"Je me complaisais à la contemplation du jeu de
son manteau de fourrure contre mon son cou, des heurts de la bordure
contre les bas de soie, au frottement deviné de la doublure
soyeuse contre les hanches. Brusquement je constatais la
présence d'une bordure blanche autour des mollets. Celle-ci
grandit rapidement, glissa jusqu'à terre, et quand je parvins
à cet endroit, je ramassais le pantalon de fine batiste. Il
tenait tout entier dans la main. Je le dépliai, j'y plongeai la
tête avec délices. L'odeur la plus intime de Louise Lame
l'imprégnait. (...) Le pantalon de Louise Lame ! quel univers !"