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Après avoir
servit quelque temps dans la marine, puis combattu dans l'armée
vendéenne, il s'installe à Paris en 1800 où il
embrasse les idées libérales, fait du journalisme,
écrit chansons, poèmes, romans et surtout du
théâtre.
Son premier ouvrage Le Bonhomme, ou
Nouvelles Observations sur les Moeurs Parisiennes au commencement du
19è siècle (Ed. Pillet, 1818) est un recueil plein
d'esprit de portraits et d'anecdotes sur Paris et ses habitants.
Décoré de la Légion d'honneur en 1826, membre de
diverses sociétés littéraires et festives dont le
fameux Caveau, il a, seul ou
en collaboration, signé près de deux cents pièces
de théâtre (pour l'essentiel des vaudevilles,
opéras comiques...) dont les succès presque infaillibles
lui permirrent d'amasser une fortune considérable. Corneille,
Boileau, Voltaire, Bossuet ont
profité de ses services.
Parmis ses oeuvres on peut citer : Les
Amants valets, l'Amour à l'anglaise, la Belle Bourbonnaise, la
Matrimonio-manie, Célestine ou les Époux sans
l'être, Sophie, ou la Nouvelle Cendrillon... et bien
d'autres titres évocateurs.
Les baisers
Hier, je pinçais de la guitare.
Mon cousin admirait ma main ;
Pour la baiser il s'en empare ;
Moi, je la retire soudain.
En fille sage et bien apprise,
J'ai toujours cet avis présent,
Qu'il faut, de peur d'une surprise,
Savoir se retirer avant.
Mon cousin fit un peu la moue;
Puis, en se levant brusquement,
Il m'appliqua sur chaque joue
Deux baisers un peu lestement
Je fis semblant d'être sévère
Et, sachant à propos rougir,
Je lui montrai de la colère
Afin de cacher mon plaisir.
On eût dit, à mon air farouche,
Que rien ne pouvait m'apaiser,
Lorsqu'Armand me ferme la bouche
En la couvrant d'un long baiser.
C'est bien à tort que l'on répète
Que notre sexe aime à jaser ;
Je resterais cent ans muette
Au prix d'un semblable baiser.
En jouant, mon fichu s'envole,
Et mon cousin, fort peu décent,
Reste tout debout et se colle
Sur deux jumeaux qui n'ont qu'un an.
De mon corps une douce flamme
Embrasa le plus petit coin ;
Je n'aurais pas cru, sur mon âme,
Qu'un baiser pût aller si loin.
Le soir, vêtue à la légère,
Et quoiqu'il fît un peu de vent,
Je m'endormis sur la fougère ;
J'y fus surprise par Armand.
Hélas ! dans ce lieu solitaire,
Le fripon, en déterminé,
Me donne un baiser où mon père
Ne m'en avait jamais donné.
Pour échapper au téméraire,
Le lendemain, dans le vallon,
Je dormis les yeux, contre terre
Et les deux mains dessus mon front.
Je ris en le voyant paraître
Et je crus son espoir déçu...
Il s'approche, il me prend, le traître !...
Par bonheur, je n'en ai rien vu.
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