POESIE EROTIQUE
et autres amusements
Joseph-Juste Scaliger (1540 – 1609)
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Figure érudite du XVIe siècle, né d’un père philologue qui lui dictait chaque jour des vers latins.

Pendant ses études il dévora les auteurs grecs, hébraïques et arabes. Il étudia aussi le droit. Après un emploi sédentaire de précepteur dans une famille noble près de Tours, il parcourt la France, l'Allemagne, l'Italie, l’Angleterre et l'Écosse, avant d’atterrir à l'Académie de Leyde (Pays-Bas) en 1593 où il allait passer les treize dernières années de sa vie, sans jamais retourner en France.

Grammairien, juriste, astronome… il publia aussi beaucoup de livres de critique historique et révolutionna les idées reçues sur la science de la chronologie. Il y montrait que l’histoire ancienne ne pouvait se confiner à celle des Grecs et des Romains, mais devait aussi inclure celle des Perses, des Babyloniens et des Egyptiens, jusque-là négligés, et celle du peuple juif, traitée alors comme une branche des études bibliques ; il invitait à faire une critique comparative des récits historiques et des fragments de l'histoire de ces peuples, avec leurs systèmes de chronologie propres.

Cependant, Scaliger n'était pas un ermite plongé dans ses livres ; il se délectait de relations mondaines et passait pour un causeur redoutable entouré d’une foule d’admirateurs, mais aussi de nombreux ennemis, car il maniait la moquerie avec arrogance.





O pucelette noire, toute noirette puce,
plus impétueuse encore que les jeunes chevreaux,
plus délicate encore que les biches si frêles,
plus friponne sans doute que l'oiseau de Catulle,
et plus câline aussi que la blanche colombe,
par quelle Muse dorée pourrais-je te chanter ?
Par quel nom, bienheureuse, vais-je te célébrer,
ô ma petite puce, puce toute petite?
Eh quoi, quand il te plaît, de ta bouche rougie
tu embrasses les lèvres de ma douce fillette.
Et moi, quand il me plaît, il ne m'est pas permis
de baiser sur les lèvres ma si douce fillette!
Quand le désir te vient de quelque nourriture,
tu ne vas pas alors par les rues et les places
goûter avidement de pauvres nourritures ;
mais, cachée dans ses seins blancs comme le lait,
et rougissant ton dard de son sang virginal,
te voilà rassasiée, pleine de ce nectar.
Et bientôt çà et là parcourant en sautant
de si pures délices, de si pures merveilles,
ivre, tu vas jouant sur le sein de ma belle.




in La Puce de Madame Desroches  (ed. Jacques de Sourdrai, Paris - 1583)
Textes réunis par Etienne Pasquier, suite à un concours poétique lancé en 1579 au salon littéraire tenu par Catherine Des Roches à Poitiers.



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