POESIE EROTIQUE
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Théodore de Banville -  Amours d'Élise (extraits)
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V



Le zéphyr à la douce haleine
Entr'ouvre la rose des bois,
Et sur les monts et dans la plaine
Il féconde tout à la fois.

Le lys et la rouge verveine
S'échappent fleuris de ses doigts,
Tout s'enivre à sa coupe pleine
Et chacun tressaille à sa voix.

Mais il est une frêle plante
Qui se retire et fuit, tremblante,
Le baiser qui va la meurtrir.

Or, je sais des âmes plaintives
Qui sont comme les sensitives
Et que le bonheur fait mourir.



*

VII


Le soleil souriait à la jeune nature,
L'hiver avait séché ses pleurs,
Et la brise entr'ouvrait de son haleine pure
L'humide corolle des fleurs.

Le saule aux rameaux verts penchait sa rêverie
Sur les flots au reflet doré ;
Le ruisseau murmurant dans la verte prairie
Souriait au ciel azuré.

Or, nous étions tous deux sous les tremblantes roses
Qu'épanouissait le printemps,
Si que sans y penser nos amours sont écloses,
Comme elles, presque en même temps.

Le rossignol disait sa plainte enchanteresse,
Nous disions des serments jaloux ;
Et tout en nous était joie, extase, tendresse...
Hélas ! vous le rappelez-vous ?

L'arbre pensif s'incline encor, l'insecte rôde,
L'églantier semble rajeunir,
Le vent a son parfum, l'herbe son émeraude ;
Notre amour est un souvenir !



- 1839 -




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