Nous sommes au printemps.
Prenez-moi dans vos bras, doux rêves du poëte,
entre vos seins polis posez ma pauvre tête
et bercez-moi longtemps.
Loin de moi, cauchemars, spectres des nuits ! Les roses,
les femmes, les chansons, toutes les belles choses
et tous les beaux amours,
voilà ce qu' il me faut. Salut, ô muse antique,
muse au frais laurier vert, à la blanche tunique,
plus jeune tous les jours !
Brune aux yeux de lotus, blonde à paupière noire,
ô grecque de Milet, sur l' escabeau d' ivoire
pose tes beaux pieds nus,
que d' un nectar vermeil la coupe se couronne !
Je bois à ta beauté d' abord, blanche Théone,
puis aux dieux inconnus.
Ta gorge est plus lascive et plus souple que l' onde ;
le lait n' est pas si pur et la pomme est moins ronde,
allons, un beau baiser !
Hâtons-nous, hâtons-nous ! Notre vie, ô Théone,
est un cheval ailé que le temps éperonne ;
hâtons-nous d' en user
!
(extrait de :
La comédie de
la mort - La vie dans la mort IX )