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à la liste "19è siècle"
La mort, l'apparition et les obsèques du Capitaine Morpion
I
Cent mille poux de forte taille
Sur la motte ont livré bataille
A nombre égal de morpions
Portant écus et morions (1).
Transpercé, malgré sa cuirasse
Faite d’une écaille de crasse,
Le capitaine Morpion
Est tombé mort au bord du con.
Lorsque l’on voulut à la terre
Rendre sa dépouille dernière,
On ne retrouva plus son corps…
L’abîme ne rend pas les morts !
II
Un soir, au bord de la ravine,
Ruisselant de foutre et d’urine,
On vit un fantôme tout nu,
A cheval sur un poil de cul.
C’était l’ombre du capitaine
Dont la carcasse de vers pleine
Par défaut d’inhumation
Sentait le marolle et l’arpion. (2)
Devant cette ombre qui murmure,
Triste, par défaut de sépulture,
Tous les morpions font serment
De lui dresser un monument.
III
On l’a recouvert d’une toile
Où de l’honneur brille l’étoile,
Comme au convoi d’un général,
Ou d’un garde national.
Son cheval à pied l’accompagne ;
Quatre morpions grands d’Espagne,
La larme à l’œil, l’écharpe au bras,
Tiennent les quatre coins du drap.
On lui bâtit un cénotaphe (3)
Où l’on grava cette épitaphe :
« Ci-gît un morpion de cœur,
mort vaillamment au champ d’honneur ! »
(1) casque espagnol surmonté d'un crète
(2) le fromage et les pieds
(3) mémorial qui ne contient pas de corps
p 38-39
- ce texte fut publié pour la première fois en 1864 dans le Parnasse satyrique du XIXe siècle de Poulet-Malassis
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