POESIE EROTIQUE
et autres amusements
Théophile De Viau - Stances

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Contre Pâquette



Pour obtenir le privilège
De gouverner mes volontés,
Pâquette usez d'un sortilège,
Qui soit plus fort que vos beautés.

Le fard, la céruse* et le plâtre,
Forment vos plus mignons attraits,
Et pensez me rendre idolâtre,
De la peinture et des portraits.

Non, non, vous me rompez la tête,
Et vous méprenez grandement,
Votre service est une fête
Qui n'est pas de commandement.

Quand vous jurez d'être fidèle,
Et nommez mes deux yeux vos rois,
Vous allumez une chandelle
Devant une idole de bois.

Mon oreille est fort décharmée
Aux beaux discours que vous tenez,
Mais quand vous parlez d'être aimée,
Aussitôt je saigne du nez.

La surdité qui m'importune,
Se redouble, et le coeur me faut ;
Cherchez ailleurs votre fortune,
Je tremble quand vous avez chaud.

Vos souris qui n'ont point de cesse,
De mon coeur ne sont pas le but ;
J'irais de ce pas à confesse,
Si je pensais vous avoir plu.

En un mot, battez bien la carte,
Afin d'avoir un jeu plus beau ;
Si pour vous, de moi je m'écarte,
J'aurai l'appétit d'un corbeau.


* peinture blanche argentée (carbonate de plomb)



in Parnasse des poètes satyriques - 1622



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