L'amante
Tout.
Tout de suite.
Je veux. Mon désir se fait soudain si profond,
si déchirant, si brûlant, qu'il appelle la volonté
à son secours. Alors plus rien, plus personne ne peut
empêcher le flot de lave de s'enfler, ni la flamme de
s'élancer, prête à allumer, attiser, brûler,
consumer, consommer, prête à devenir incendie.
Je viens de très loin et je sais
réduire l'espace entre deux corps au néant. Je sais
prendre et donner l'Instant. Je peux aller plus profondément que
la mémoire, lentement, avec la douceur et la précision de
l'infini. Pour soudain vous laisser, au bord du gouffre,
assoiffé, essoufflé, écartelé - et
là je peux encore vous emmener plus loin.
Plus loin que la première gorgée de
bière ou que la madeleine proustienne. Vous emmener rien qu'avec
le regard, dans une mer chaude et tropicale jusqu'à la
brûlure, jusqu'à l'insoutenable morsure du soleil et de
mes dents qui s'enfoncent dans votre peau. Chienne mais non moins
sauvage. Tracer un long sillon de vous à moi, une trace blanche
d'écume ou rouge de sang.
Descendre encore. Ou remonter soudain, à la
surface de vous-même pour voir vos lèvres me sourire,
s'ouvrir, me prendre...
Je peux vous promettre la lune et vous ouvrir le
ciel. Ce que je promets je le tiens toujours. Au-delà même
de la parole je tiens. Je tiens quand vous ne parlez plus. Je tiens
quand vous me faîtes mal. Je tiens quand je vous fais mal. Je
tiens quand vous me faîtes crier. Je tiens jusqu'à vous
faire crier.
Je mêle la glace et le feu dans votre chair, je
demande grâce pour mieux faire monter l'inflation, j'efface les
blessures d'une caresse linguistique -pour inscrire mon passage plus
sûrement. Je délivre de toutes chaînes, je brise
votre armure jusqu'à connaître votre arme et votre
âme.
Je fais ruisseler les torrents, oublier les tourments,
s'éveiller la Bête. Je défais les faiblesses pour
sentir votre force seulement.
Je suis ce qui vous manque, je suis ce qui vous
comble. Le sel et le miel à la fois dans votre bouche. Je fais
couler le nectar divin pour vous seul jusqu'à ce que je sois
ivre.
Je suis l'éclipse qui inonde de soleil et
ensuite se noie en vous jusqu'à la nuit. Jusqu'à l'absolu.
Je suis la gorge sèche et qui vous veut encore.
Je suis l'arrêt au bord d'une mort plus douce que l'aurore... Je
suis la fin du monde. Et le commencement d'un autre.
Je n'ai nulle trêve, nul repos, nul espoir de
calmer l'incendie.
Je ne suis à personne.
Seulement à Toi, au-delà des mers et des terres, et du
temps.