Wallâda Bint al-Mustakfi, princesse andalouse, fille du dernier
Khalife Omeyyade de Cordoue, Mohamed Al-mostafki, fut une grande
poétesse qui tenait salon littéraire où recevait
l’élite intellectuelle de l’Europe, vêtue
d’une tunique blanche sur laquelle était brodé en
lettres d’or : «
Je suis capable de grandes choses et je
poursuis mon chemin altièrement » et "
A mon amant j'offre ma joue et à celui qui le désire, je donne un baiser !"
Blonde plantureuse d'une grande beautée, elle ne portait pas le
voile et avait de nombreux prétendants. Elle organisait des
joutes de poésie où elle exprimait ses sentiments avec
liberté et audace, ce qui lui a valu de nombreuses critiques,
mais aussi quelques défenseurs, comme
Ibn Hazm.
Le poète andalou, Ibn Zaïdoun, tomba
amoureux d'elle. La poétesse lui accorda un rendez-vous par le
distique suivant :
Attends
ma visite à l'heure où la nuit devient obscure, car la
nuit est le meilleur moyen de garder les secrets.
Ce que je ressens pour toi, si la lune l'éprouvait, elle ne se
montrerait pas ; si la nuit l'éprouvait, elle ne ferais pas
tombre ses ténèbres ; si l'étoile
l'éprouvait, elle ne marcherait plus dans la nuit.
Ibn Zaïdoun fut emprisonné par un rival richissime, le
vizir Ibn Abdûs, qui pris la jeune femme dans son harem. Le
poète s'échappa de la prison et envoya un long
poème à
la jeune femme pour lui demander de fuir avec lui. Voici la fin de ce
poème :
Si
la pleine lune des ténèbres s'inclinait amoureusement
vers nous de l'endroit où elle se lève, elle ne ferait
pas changer notre désir.
Garde la promesse, même si nous restons séparés.
Pour moi, je me contenterai du souvenir de l'image vue en rêve.
Dans ta réponse sera ma joie si tu augmentes par elle les
faveurs dont tu as toujours été généreuse.
Et j'appelle sur toi le salut d'Allah, tant que durera ton amour que tu caches, même à moi...
Ibn Zaïdoun ne revera jamais la princesse Wallâda, elle
restera dans le harem, pour des raisons politiques et également
par jalousie, la princesse reprochant au poète de l'avoir
trompé avec sa servante, une belle esclave noire :
Si
tu avais fait preuve d'équité à l'égard de
notre amour, tu n'aurais pas aimé ma servante, la
préférant ainsi à moi-même.
Tu as délaissé une belle branche chargée de fruits
mûrs pour aller vers une autre qui en était
dépourvue.
Tu savais pourtant que c'est moi la pleine lune du firmament, mais tu
as préféré, pour mon malheur, aimer Jupiter.