Lettres oubliées
entre Camille Claudel et Auguste Rodin
Quelle atroce folie ces jours sans toi !
Quelle douleur de ne plus sentir tes mains
Sculptant mon corps d'airain !
Je ne sais si je pourrai encore créer sans toi.
Mon aimé, que le temps semble long,
Loin de vos étreintes nues.
Tout est fade, sans raison,
Quand mon corps n'est, par vos mains, parcouru.
Ma féroce amie, ma bien aimée,
Je suis à genoux devant ton beau corps que j'étreins
Mais je sais que c'est folie à cause de ma femme, aussi
aimée.
Cette folie que je sens venir est ton ouvre et je t'aime en vain
Oh cruel, pourquoi faut-il que tu me parles d'elle ?
Pourquoi ne peux-tu faire un choix, et pourquoi faut-il
Que ce soit moi qui souffre, dans ce vain duel ?
Cette lutte me mènera, je le sais, lentement à l'asile.
Je souffre tout autant et nos cours trop penchés
Tel dans la valse, sombrent. Où
Sommes-nous, malfaisante divinité ?
La vague risque de nous engloutir ; fuyons alors. Mais où ?
Mon tendre et fatal poison. A quoi bon cette fuite.
Que vous me proposez ?
La folie, qui nous guette, pourrions-nous, vraiment, y échapper ?
Nous cacher point ne nous sauverait.
Notre création, plus que nous, souffrirait
Laisse moi alors m'approcher, baiser tes mains
Qui me donnent tant de jouissance, toi plus forte que l'airain
Et si mon âme est déflorée par cette passion
tardive,
Je prendrai cette part de ciel avec toi, ma rétive.
Mon doux ogre. Que perfide est la passion
Qui me dévore et qui brûle mon être en errance.
Loin de vous, rien n'a de sens,
Près de vous, je perds la raison.
in D'une rive
à l'autre, de Florence Murphy et Patrick Simon,
Éditions de la Fondation littéraire Fleur de Lys,
Québec, 2005.
2005 © Patrick Simon & Florence Murphy