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(...) pour terminer tout débat,
Je l'invitais aux doux ébats
Où jamais femme ne se lasse,
L'étreignant, en l'ardeur qui m'avait provoqué,
Mieux que le houbelon n'embrasse
L'aubépine qu'il aime, et dont il est piqué.

 

Là, sur sa bouche à demi close
Je buvais, baisant nuit et jour,
A la santé de notre amour,
Dedans une coupe de rose.
Ma bergère, en toute saison
Ardente à me faire raison,
S'enivrait de la même sorte ;
Et dans ce doux excès nos sens quasi perclus,
Sous une contenance morte,
Confessaient par nos yeux que nous n'en pouvions plus.

 

Nos désirs, reprenant courage
Quand nos efforts s'alentissaient,
En toutes façons versaient
Les traits de l'amoureuse rage.
Cette bouillante passion
Portait avec tant d'action
Tous nos mouvements à la guerre,
Qu'à nous voir en ce point dans les jeux de Cypris
On eût dît que foutre la terre
Etait d'un tel combat le sujet et le prix.

 

(...)

 

Dieux ! quelle plume assez lascive,
Fût-ce de l'aile d'un moineau,
D'un combat si doux et si beau,
Décrirait l'ardeur excessive ?
Jamais, alors qu'à membres nus
Adonis embrassait Vénus,
Tant de bons tours ne s'inventèrent,
Ni Jamais l'Amour même et sa belle Psyché
Tant de délices ne goûtèrent,
Que nos sens en goûtaient en ce plaisant péché.

 

La langue, étant de la partie,
Sitôt qu'un baiser l'assiégeait,
Aux bords des lèvres se rangeait,
Afin de faire une sortie ;
L'ennemi, recevant ses coups,
Souffrait un martyre si doux
Qu'il en bénissait les atteintes ;
Et mille longs soupirs, servant en même temps
De chants de victoire et de plaintes,
Montraient que les vaincus étaient les plus contents.

 

(...)

- Extraits - 

in Œuvres complètes de Saint-Amant (Ed. Livet-Jannet, 1855) - T. I,  p. 110