La femme
invisible
- Pastorale marine -
Suis-je bien seul sur cette île ?
Il m'a semblé sentir un parfum de femme
Fragence à la fois dangeureuse et docile
Flotter sous mes narines et emplir mon âme.
Alors que tu me regardes, toute proche,
Tu souries de mon air songeur
Et hume ta propre odeur,
Entêtante, chargée de l'excitation
Troublante qui de ton corps s'effiloche
Et trahi ta présence passion !
Car tu jouis de ce moment -
Femme qui se joue du vent
Glisse sur ma peau, rayon de soleil,
Sans que je te vois, ô merveille.
*
Sous mes pieds le sable fin
M'appelle à un autre destin.
Je m'allonge dans les courbes
De ses volupteux dessins.
D'un désir de malice fourbe
Tu viens épouser la dune :
Tes seins fières lunes
Me font un mouelleux oreiller,
Mes bras s'étalent d'un geste nonchaloir
Sur tes cuisses relevées,
Puissant rêve éveillé !
Mes mains se posent sur le bel accoudoir
De tes genoux enfoncés dans le sable
Et déroulent ton corps telle une fable...
Mains douces qui t'égrainent à l'envie,
Doigts glissant dans ta matrice sablonneuse -
Femme sable émouvante, forme invisible,
Sous moi, houle femelle, indicible,
Qui réveille en mon corps un désir de vie.
*
L'eau déroule devant moi ses vagues amoureuses,
Je cours y noyer mes pensées
Que déjà tu t'es élancée.
L'océan chaud et limpide
Caresse mes jambes et mon ventre,
Que déjà tu y rentres,
Toute entière, souple et humide.
Mais qu'est-ce donc que ce courant
caressant
Qui autour de mes cuisses ondule ?
Soudain, je le sens, maintenant,
Plus pressant,
Est-ce mon corps qui affabule ?
Femme eau, femme invisible,
Tu envoûtes les vagues qui lèchent mon corps,
Je sens en moi grandir un plaisir si fort
Qu'il en devient très visible.
Quand cet aileron du désir
A plongé, j'ai vu l'onde frémir.
Et dans l'encre de tes eaux j'ai trempé ma plume,
Laissant à sa surface, une blanche écume...
2008 © Cyr